أصداء مازغان : المراسل
سم الله الرحمن الرحيم
صديقي “الوردة” عبد الرحمن أجبور
اليوم نزلنا إلى صمت المستشفى وهناك علّق الزمن جناحيه. لقد غسلوا عبد الرحمن وكفّنوه ببياض ناصع، آخر كفن من قماش قبل الرحلة الكبرى. ثم سمحوا لنا برؤيته، للمرة الأخيرة.
وهناك كان ممددا. وجهه شاحب ولكنه مفعم بسكينة مطلقة. لقد دخل إلى نظام آخر، إلى سلام عميق يكاد يكون ملموساً. والبياض الذي امتصّه، هيأه لضوء لم نعد نستطيع رؤيته.
هالة من الهمسات الخافتة حوله وآيات من الكتاب الحكيم تصعد في الهواء حاملة
معها صلواتنا وذهولنا. الدموع كانت تسيل، صامتة وحارقة. كان الجميع هناك، متحدين في الحزن: العائلة، الأصدقاء، الزملاء والطلبة : كوكبته الكاملة التي دارت حول وجوده. لقد كانت لحظة خشوع مفعمة بالألم. وكنا هناك واقفين على عتبة الغيب شهوداً على اللحظة التي يعبر فيها صديقنا البوابة إلى العالم الآخر الخالد.
أمام هذه السكينة الصامتة، توقفت الحقيقة عن أن تكون تجريداً لتصبح نصلًا يخترق الأعماق. وعقلي الذي قاوم حتى تلك اللحظة استسلم وقلبي فهم. عبد الرحمن كجسد لم يعد بيننا والموت لم يعد مفهوماً ولكنه كان حضوراً حقيقيا مرّ من هنا. إنه انزلق بيننا وفي طريقه، خطف صديقنا، “وردتنا”، تاركاً إيانا أيتاما نحمـل ثقل غيابه الهادئ وذكرى نوره الذي لا يزال يلمع في أعماقنا.
كنت أسميك “صديقي الوردة” يا عبد الرحمن. لم يكن مجرد لقب من أيام باريس وجامعة السوربون3، بل كان نشيدنا السري، تلك الأغنية التي أحببناها معاً. كانت تقول كل شيء: الجمال الزائل، روعة النقاء والحياة التي تتفتح بكامل بهائها قبل أن تعود إلى التراب.
وكنت أنت تجسيداً لها، الوردة النادرة في حديقة شعبة اللغة الفرنسية وآدابها بكلية الآداب بالجديدة . عطرك كان عطر الكتب القيمة وأحبار المعرفة، وبتلاتك تلك الصفحات التي كنت تقلبها بأناقة العالِم الحقيقي وبشغف الأستاذ الذي لا يُنسى.
اليوم، تغيرت نغمة الأغنية وأصبحت نشيدا حزينا ومرثية في آن ولكن الوردة، حتى وإن ذبلت في عالمها الأرضي فإن عطرها يظل عالقاً في أرواحنا، يسكن ذاكرتنا ويملأ قاعات الدروس والمحاضرات ويلف في صمت أحاديثنا التي انقطعت.
صديقي الوردة، ها أنت تعود إلى تراب تزنيت، إلى الأرض التي احتضنت خطواتك الأولى، إلى جوار أمك التي لم تستطع روحك أن تحيا طويلاً بعد فراقها وكأن قلبك الكبير الذي حرم من حبها، لم يطق أن ينبض أكثر في عالم خفت فيه ضوؤها.
الجسد عاد إلى التراب والروح صارت بين يدي الله. لكن ذكراك لم تمض معهما. لقد آوت إلى أعماقنا، إلى ذلك الصمت الدافئ في قلوبنا حيث لا يستطيع القبر ولا النسيان أن يمسها. ستظل نابضة هناك كوردة لا تذبل، كقصيدة لم تكتمل كلماتها بعد، لكن إيقاعها سيظل يتردد في كل مشروع لم نكمله، وفي كل فكرة زرعتها فينا وفي كل حرف علمته لطلبتك.
أنت الآن في عالمك الجديد، ونحن هنا نحملك فينا كما تحمل الذاكرة نشيدا من الطفولة وكما يحمل القلب وردة لا تموت.
ورحمك الله برحمته الواسعة.
الجديدة، الجمعة 28 نوفمبر 2025
ثريا وقاص، كلية الآداب، الجديدة.
À Abderrahmane Ajbour , mon ami la rose, éternellement Touria UAKKAS,
El Jadida, jeudi 27 novembre 2025, 14h
Aujourd’hui, le temps s’est arrêté et la nouvelle est tombée, lourde et sourde, comme un coup qui ne laisse place qu’au vide. Le souffle coupé, le cœur paralysé et l’esprit qui refuse l’inconcevable. Comment avancer quand le sol se dérobe ? Comment penser quand les mots eux-mêmes se brisent en mille éclats de silence ?
Tu es parti en solitaire car tu aimais tant la profondeur et la solitude des grandes œuvres. Et cette image, atroce dans son ironie tragique, me hante : celle d’une porte qu’il a fallu forcer pour te retrouver, déjà loin de nous. Mon ami, mon cher Abderrahmane, comme j’aurais aimé que tu sois là, justement, pour en parler. Pour discuter de cette fin absurde avec la distance du littéraire philosophe que tu étais, pour décortiquer le destin et son sens caché, pour trouver les mots justes là où il n’y a que de l’indicible. Tu aurais su, toi.
Toi, l’érudit, le fin lecteur pour qui chaque texte était un jardin secret à explorer et à partager. Toi, le professeur compétent, intelligent, sensible, celui qui ne transmettait pas seulement un savoir, mais une passion et une lumière. Tu étais la rose de notre département, une fleur rare, d’une élégance discrète, aux pétales délicats mais au parfum qui marque les mémoires et embaume les cœurs. Ah ! Cette chanson « Mon amie la rose » résonne maintenant comme un tendre et douloureux écho. Oui, nous la chantions et ton sourire, ce sourire franc, bon et bienveillant, en était le plus beau refrain. Il illuminait ces moments simples et parfaits.
Ta vie tournait autour du don, c’était si évident. Elle pulsait au rythme de tes étudiants et de ton rôle de professeur qui n’était pas une fonction, mais une vocation et une raison de vivre et d’aimer. Tu as tant donné. Tu as semé des étincelles dans les regards et allumé des feux dans les esprits.
Et Paris… Paris III, la Sorbonne Nouvelle, notre décor à tous deux. Les kiosques à journaux où l’on feuilletait les revues, la Place Saint-Michel et son agitation joyeuse, les quais de Seine qui portaient nos pas, les livres, les chevalets des peintres et nos conversations infinies. L’amour des livres était le fleuve qui coulait entre nous, puissant et calme.
Si seulement nous pouvions y retourner rien qu’un instant pour retrouver ce banc, cette petite galerie à Saint-André des Arts, cette lumière et cet éclat de rire partagé. Effacer d’un sortilège parisien cette porte forcée et cette solitude qui a pesé si lourd en silence. Et juste, ensemble, fredonner à nouveau cette mélodie de la vie, « Mon amie la rose », qui parlait déjà de la beauté éphémère et de l’éternité des souvenirs.
Nous la fredonnerons pour toi, Abderrahmane et nous la porterons en nous comme un serment doux-amer. Car tu es cette rose désormais, non plus celle de la chanson qui meurt en un matin, mais celle qui, ayant touché tant de cœurs, refleurit éternellement dans la mémoire reconnaissante de ceux que tu as aimés et enseignés.
« La rose » ! Quel surnom touchant et si vrai ! Il disait ta beauté intérieure, ta finesse et ta valeur inestimable.
Et maintenant, je regarde vers l’avenir et je vois des silhouettes d’orphelins. Nos projets communs, ces soutenances de PFE et de Master que nous abordions toujours en duo et en dialogue constant. Qui prendra ta place à mes côtés ? Ce projet de publication, ce rêve de voir les traductions de nos étudiants en Master prendre leur envol… Que va-t-il devenir sans son architecte, sans son guide ? Il est là, ce projet et il semble déjà orphelin et privé de la main bienveillante et exigeante qui devait le conduire à la lumière.
Pourquoi es-tu parti si tôt, Abderrahmane ? La question tourne en boucle, sans réponse et la raison se dérobe et laisse seulement la plaie vive de ton absence.
Mais aujourd’hui, au-delà du choc et de la peine, je veux me souvenir de ta présence. De ta voix calme, de ton sourire sage et de cette intelligence qui éclairait nos discussions. Je veux me souvenir de la rose et non de l’automne qui l’a fauchée.
Ton chapitre s’est achevé bien trop tôt, mais l’histoire que tu as écrite dans nos cœurs et dans l’esprit de tous ceux que tu as touchés, celle-là, elle ne finira jamais. Tu as semé des graines de beauté, de savoir et d’humanité et nous veillerons, je te le promets, à ce qu’elles continuent de germer.
Repose en paix, cher ami, cher Abderrahmane. Notre « rose » ne se fanera jamais. Elle continuera d’embaumer notre mémoire, à jamais.
El Jadida, vendredi 28 novembre 2025, toute la matinée
Aujourd’hui, nous sommes descendus dans le silence de la morgue, là où le temps avait suspendu son vol. On avait lavé et enveloppé Abderrahmane dans un linceul d’une blancheur immaculée, dernier linceul de toile avant le grand voyage. Puis, ils nous ont autorisés à le voir, une dernière fois.
Et là, il était étendu, le visage d’une pâleur de marbre lunaire, mais d’une sérénité absolue. Enveloppé de blanc, il semblait déjà appartenir à un autre ordre du monde, à une paix si profonde qu’elle en était presque tangible. La blancheur du linceul l’avait absorbé en le préparant à une lumière que nous ne pouvons plus voir.
Autour de lui, un halo de chuchotements pieux, quelques versets sacrés qui montaient dans l’air et portaient nos prières et notre stupéfaction. Les larmes coulaient silencieuses et brûlantes. Ils étaient tous là, unis dans le naufrage : la famille, les amis, les collègues, les étudiants… tout son monde. C’était un moment de recueillement poignant et nous étions là, debout au seuil de l’invisible, témoins de l’instant où notre ami franchissait le portail.
C’est à cette vue, devant cette sérénité silencieuse, que la vérité de sa mort a cessé d’être une abstraction pour devenir une lame qui transperce l’âme. Mon cerveau, qui jusqu’alors résistait, a capitulé et mon cœur a compris : Abderrahmane n’était plus. La Mort n’était plus un concept ; c’était une présence qui était passée, implacable et réelle. Elle avait glissé parmi nous et dans son sillage, elle avait ravi notre ami, notre « rose » en nous laissant orphelins avec le poids immense de son absence et le souvenir ébloui de sa lumière.
Et puis est venu le moment du dernier voyage. L’ambulance a emporté sa dépouille sur la route de Tiznit, vers cette terre natale qui, tel un berceau immense, se préparait à l’accueillir une dernière fois. Il retournait à la source, là où les sentiers de son enfance serpentent encore entre les oliviers et les arganiers, là où la terre garde en mémoire le poids léger de ses premiers pas et l’écho de ses rires d’enfant.
Cette même poussière qui avait jadis reçu son corps de nouveau-né allait maintenant l’étreindre et le contenir pour l’éternité. C’est là, dans le giron de cette terre-mémoire, qu’il va reposer à côté de ses parents et surtout tout près de sa mère partie peu avant lui.
Sa propre mère dont la disparition l’avait si atrocement meurtri, a brisé en lui quelque chose d’essentiel. Cette perte l’avait rendu si fragile comme si la lumière qui le soutenait s’était soudain éteinte. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que son cœur immense, ce cœur d’érudit et de poète, ce cœur déjà orphelin et déserté par l’être le plus cher, a tout simplement flanché sous le poids d’un chagrin trop lourd à porter.
La mort précoce d’Abderrahmane, cet arrêt cardiaque foudroyant, semble être l’ultime et tragique conséquence de cette première fracture. Comme si, privé de l’amour qui l’avait mis au monde, son propre cœur avait refusé de battre plus longtemps dans un monde appauvri. C’est un adieu déchirant, mais aussi un retour aux sources, une réunion silencieuse dans la terre qui les a vus naître tous les deux et où le fils va enfin retrouver le regard de sa mère.
Oui, le monde, dans son implacable roulement, a perdu une présence. La mort, dans son registre froid, a inscrit un nom de plus et s’est vu remettre un corps, l’enveloppe terrestre de notre ami. Mais l’âme elle, est ailleurs. Elle est dans cet espace infini et silencieux qui n’appartient ni à la poussière ni au royaume des vivants, mais à Dieu, libérée, dans la brume légère qui sépare le souvenir de l’éternité.
Et nous, les témoins de sa vie, nous restons. Et en nous, le souvenir n’est pas une simple trace mais il s’est blotti vivant et chaleureux au creux le plus intime de nos mémoires, il s’est niché au plus profond de nos cœurs comme un feu couvant qui ne demande qu’à être ravivé par une pensée, une mélodie et une phrase tirée d’un livre aimé.
La mort peut avoir gagné un corps, mais elle n’a pas pris sa place puisque cette place est ici, avec nous, douce et indélébile. Elle est cette rose qui ne se fanera plus car elle a poussé ses racines dans notre terre intérieure, à l’abri de l’oubli et du gel du temps et notre ami et collègue, Abderrahmane Ajbour, vivra aussi longtemps que notre amour se souviendra.
ورحمه الله برحمته الواسعة.





